L’ergonomie au travail et son application au-delà des entreprises, est-elle souhaitable ?
- Christina Györkös
- 28 mai 2023
- 1 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 juin 2023
Nous avons eu le plaisir d’échanger avec l’ergonome, Dr. David Francioli chez F4S Genève, au sujet des applications de l’ergonomie en entreprise, à domicile ainsi que dans les écoles.
L’ergonomie est une discipline très précieuse qui analyse et apporte des solutions concrètes propres aux besoins des employé-e-s, et ce, en fonction de leurs activités. La démarche ergonomique s’effectue en respectant les normes en vigueur en matière de santé, de conditions et de sécurité au travail. Traditionnellement pratiquée en entreprise, nous sommes dans une zone plutôt grise lorsqu’on se penche sur les conditions de travail à domicile. Avec une pratique totale du télétravail aujourd'hui qui s'élève à 41% en Suisse* et qui perdure au-delà de la période COVID, difficile de s'y retrouver. Et qu’en est-il des écoles ? Le style d’enseignement magistral pour nos enfants est-il toujours à privilégier, sachant que les postures immobiles sur de longues périodes sont néfastes ?
1. Qu’est-ce que l’ergonomie du travail d’un point de vue psychologique ?
D’abord, on a longtemps conçu l’ergonomie comme étant réduite à l'étude des gestes et postures des travailleuses et travailleurs qui font face à des pratiques dangereuses au travail. En réalité, deux aspects de l’ergonomie sont à prendre en compte. D’une part, les contraintes physiques qui concernent une partie des employé-e-s, et d’autre part, les risques psychosociaux (RPS) qui concernent la majorité des employé-e-s.
Certains employé-e-s de bureau subissent des contraintes aussi d’ordre physiques, telles que le maintien d’une posture assise prolongée au poste de travail, par exemple. A ce titre, l’employeur-e se doit d’assurer des conditions optimales en terme de santé au travail. Par exemple, l’aménagement du poste de bureau sera adapté au mieux. Néanmoins, cela ne suffit pas toujours, car les paramètres psychologiques d’ordre organisationnelle et comportementale sont plus complexes à rendre visibles, telles que l’organisation de son temps, les interruptions, la surcharge mentale, le stress, la concentration et la motivation, pour en nommer que quelques-uns. Souvent, c’est à l’employé-e de composer avec ces paramètres plus subtils pour ensuite les communiquer à son supérieur-e. En réalité, c’est une valse parfois un peu compliquée que l'employé-e doit mener.
2. Comment l’ergonome va mener son enquête ?
Dans la phase d’analyse que mène l’ergonome, elle ou il mettra en évidence toutes les contraintes et situations complexes (y compris au niveau stress) qui aboutissent à une situation pathogène. Par exemple, l’ergonomie peut aider à répondre à la question récurrente :
« Mais on a mis en place tel outil, et finalement personne ne l’utilise ! Pourquoi ? »
L’ergonomie peut également aider à trouver des réponses quand on se trouve face à un conflit de logique tel que :
« La loi dit que… mais c’est pas possible parce que… »
Dans la phase suivante, des pistes de solutions sont apportées de façon concrètes et de façon participative. Il faut savoir que nous proposons généralement des pistes de solution et nous les confrontons à l’expérience des concerné-e-s. Parmi les pistes ce peut être l’utilisation d’outils spécifiques, mais également une réorganisation des flux, un accompagnement ergonomique, la mise en place d’une équipe, ou augmenter les marges de manœuvre.
3. Et comment l’ergonomie s’applique t-elle au travail à domicile ?
Dans le domaine du privé, l’ergonome pourra intervenir, mais de façon plus restreinte. L'ergonome pourra par exemple donner des informations à un particulier pour mieux emménager son espace de bureau à domicile. Le meilleur conseil à donner ici est que chacun-e adapte son mobilier à domicile au mieux en consultant des guides officiels proposés par la SECO par exemple, ou de consulter votre site pour quelques conseils.
4. Vous n’intervenez jamais en tant qu’ergonome à domicile ?
D’abord, intervenir dans le domaine privé est difficile pour en évaluer l’efficacité même avec beaucoup de volonté. Alors que dans les locaux des entreprises il y a une certaine homogénéité, ce n’est pas le cas des domiciles, car il y aura une multiplication quasi infinie de problématiques spécifiques à résoudre. Actuellement, nos ergonomes chez F4S n’entrent pas en matière pour traiter ces demandes.
Outre l’hétérogénéité des bureaux à domicile parmi les employé-e-s d’une même entreprise, un autre problème au niveau de la vérification à domicile se pose. Pour un-e patron-ne qui souhaiterait appliquer les mêmes normes de santé et de sécurité à ses employé-e-s à domicile qu’en entreprise, la démarche est effectivement moins vérifiable. Dans le cas où c’est l’employeur qui demande à l’ergonome d’aller chez ses employé-e-s, il sera ensuite dans l’obligation de régler les problèmes qui ne manqueront pas d’être soulevés par l’intervention ergonomique. De même, si l’intention de l’employeur est l’idée de valider la situation chez ses employé-e-s, l’ergonome ne pourra en aucun cas valider quoi que ce soit dans l’espace privé de l’employé-e.
En résumé, livrer un bilan à l’employeur pour valider la démarche ergonomique n’est pas réaliste dans le domaine privé, car la vérification à domicile n’est pas possible. En revanche, demander des conseils est possible.
5. Mon fils qui est en 4e année de primaire se plaint de maux aux dos depuis le début de la rentrée scolaire. Est-ce que le mobilier dans nos écoles sont adapté-e-s pour nos enfants ?
En effet, si ce sont des cours du type « magistral » avec des élèves qui ne bougent pas, cela peut entraîner ce type de douleurs. Cependant, au jour d’aujourd’hui, les méthodes d’enseignement ont évoluées. Il y a plus de participatif qu’avant, avec des travaux de groupes par exemple et des positions assises au sol dans certains cas. Cela dépend aussi du temps passé dans ces autres positions, et d’autres paramètres bien plus complexes.
6. Il y a t-il des standards ergonomiques à respecter au sein des écoles ?
C'est surtout le cartable porté sur le dos qui représente une charge physique pour l’élève. Selon une étude menée par Orantes-Gonzalez, E., Heredia-Jimenez, J. et Robinson, M. A. (2019), cette charge ne doit pas dépasser 10% de son propre poids au maximum**. Les chef-f-e-s des établissement ont ici un rôle de rappeler aux enseignant-e-s et aux élèves de respecter cette règle. On peut dans un premier temps se demander si les élèves disposent d’un vestiaire avec la possibilité de stocker leurs livres ou au contraire, sont-ils obligés de porter leurs affaires à la maison ?
J'insiste sur le fait qu'ici les chef-f-e-s des établissement scolaires sont les mieux armés pour traiter de cette problématique. Ils sauront aussi mieux évaluer les besoins précis sur la base de la physiologie des enfants en bas âge, sachant aussi qu’ils grandissent vites ! Il faut aussi rappeler que la hauteur des bureaux et des chaises en classe sont souvent, à tort, ajustés en fonction de la taille moyenne des enfants et non pas en fonction de la taille de chaque enfant. Pour les enfants de petite ou de grande taille, des ajustements plus adaptés sont fortement encouragés afin de prévenir que ceux-ci développent des douleurs au dos ou à la nuque et ainsi se protéger contre les effets négatifs du travail assis***.
Sources
* Office fédéral de la statistique (Suisse).
** Orantes-Gonzalez, E., Heredia-Jimenez, J., & Robinson, M. A. (2019). A kinematic comparison of gait with a backpack versus a trolley for load carriage in children. Applied ergonomics, 80, 28–34. https://doi.org/10.1016/j.apergo.2019.05.003
*** Secrétariat d'état à l'économie (Suisse).




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