Projet de maison écologique : expérimenter la durabilité au service d’un idéal
- Christina Györkös
- 17 oct. 2024
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 nov. 2024

J’ai le projet de construire une maison selon une approche totalement « bottom-up ». L’approche « bottom-up » (de bas en haut) est une méthode de développement qui privilégie l'implication des utilisateurs finaux et des communautés locales dans le processus de conception et de construction. L'idée est de respecter les principes de la durabilité, d’écologie et économie responsables, ainsi que de cohésion sociale. Ce lieu serait surtout conçu pour favoriser une bonne santé mentale, un esthétisme apaisant, une ergonomie intelligente, ainsi que l’art de vivre et l’art du zen. Ce projet théorique repose avant tout sur un rêve, une démarche tournée vers l’avenir, tel un repère sain. En dix points, je vous présente l'ampleur des défis, à petite et grande échelle, et vous esquisse la maison idéale telle que je l'imagine.
Contexte : la location suisse en quelques chiffres
Selon l’Office fédéral du logement, plus de 60 % des habitants suisses étaient locataires en 2019. À Genève, ce taux atteint 78 %, ce qui représente l’un des pourcentages les plus élevés en Suisse. De plus, pour un logement de 4 pièces, par exemple, le loyer a presque doublé au niveau national ces trente dernières années : il était de 945 CHF en 1990, de 1 198 CHF en 2000 et de 1 574 CHF en 2019. Il est à noter que ces loyers incluent également les montants provenant des « coopératives », ce qui englobe des loyers plus modérés. En réalité, ces moyennes nationales sont donc plus élevées pour une grande partie des locataires. D’ailleurs, il n’est pas rare de constater qu’à Lausanne, un appartement de 2 pièces d’environ 65 mètres carrés puisse être loué, de manière abusive, au prix de 1 800 CHF (hors charges).
Que ce soit avant ou après la période du COVID, les loyers continuent d’augmenter en raison d’une certaine « pénurie » de logements, alimentée par la densification continue de la population dans les villes. Tous ces chiffres donnent une indication quelque peu objective de la réalité pour une majorité des ménages suisses, mais le vécu subjectif raconte également sa propre version de la réalité.

Nouvelles constructions
La vision des nouvelles constructions suit une logique commerciale dictée par les promoteurs et les gérances, car ce sont eux qui financent ces projets. Prenons l’exemple de Lausanne, où l’on observe une croissance continue de la construction d’immeubles, visibles ici et là en se promenant dans les périphéries de la ville. À quelques pas de chez moi, une ancienne maison démolie laissera place à cinq villas de luxe. Jour après jour, j’assiste à ce spectacle urbain, où se côtoient grues, camions, matériaux de construction accumulés, et ouvriers bronzés, vêtus de leurs tenues orange bien visibles. Bien entendu, ces constructions trouvent rapidement preneurs et répondent aux attentes des plus fortunés. Cependant, ce type de projet s’inscrit souvent dans une démarche individuelle plutôt que collective, laissant ainsi en marge une partie de la population aux moyens plus modestes. Ces derniers, n’ayant pas les ressources financières pour devenir propriétaires, ont peu de marge de manœuvre pour exprimer leurs besoins et leurs souhaits. Ils doivent simplement se contenter des locations restantes sur le marché, où la concurrence demeure féroce.

Esthétisme et urbanisme
De nombreux nouveaux immeubles qui émergent dans le paysage urbain et résidentiel présentent un manque flagrant d’esthétisme à grande échelle, avec peu de cohérence dans le cadre urbain et social. Dans certains cas, cela peut apporter du charme, comme lorsqu’on laisse une église entre deux immeubles, par exemple. Cependant, cela peut aussi tourner au cauchemar, notamment lorsque l’on observe des immeubles de type « barre » situés à proximité des grands axes routiers, où la pollution et le bruit constant des voitures sont omniprésents. La vue délétère de ces constructions nuit également fortement à la qualité de vie.

Dialogue en amont avec les habitant-e-s pour concevoir le logement du futur
Notre postulat est que l’offre de logements répond davantage aux préférences des promoteurs qu’aux véritables besoins des futurs locataires. Dès le départ, il existe une incohérence dans la conception de ces logements. Par exemple, il n’est pas rare que les concepteurs négligent de prévoir des espaces de rangement suffisants à l’intérieur des appartements. Pourquoi ne pas intégrer des dressings ou prévoir des garde-robes encastrées dans les chambres dès leur conception ? Au Canada, par exemple, il est courant de bâtir des rangements dans toutes les chambres, au plus grand bonheur des familles qui y emménagent. Finies les longues heures de montage de dressings bon marché d'IKEA !

Des jardins d'Eden chez soi
Les espaces extérieurs privatifs ou semi-privatifs manquent cruellement aux familles avec enfants, notamment pour les locataires d'appartements. Nous avons bien compris les effets de cette absence d’espace extérieur lors du confinement en 2020 imposé en Suisse. L’importance de pouvoir bénéficier d’un espace extérieur à proximité est souvent négligée lors de la construction, aussi petits soient-ils. En tant que psychologue du travail, spécialiste en santé au travail et maman d’un enfant d'âge scolaire, je suis convaincue que la qualité de vie commence à la maison. Quoi de plus ressourçant que de rentrer chez soi après une journée passée à travailler, à courir d’une réunion à l’autre, à faire les courses et à chercher les enfants après l’école ? Pouvoir aménager un espace extérieur pour en profiter pleinement, de façon individuelle ou collective, devrait être un droit et non un privilège. À titre d’exemple, il existe de beaux projets réalistes sur le plan financier qui, à long terme, contribueraient grandement à un sentiment d’apaisement chez soi. Une fois installé-e sur votre terrasse privative, le plus difficile sera de vous relever. La sieste sera douce et le repos bien mérité vous donnera l’énergie pour continuer la journée, avec plus d’entrain. Voulez-vous parier ?

Rénovations, « relooking » et réaménagement des vieux bâtiments
De nombreux bâtiments que l’on trouve dans nos villes ont été construits dans les années 50, 60 et 70. Il est frappant de constater que beaucoup de propriétaires tardent à les remettre aux normes actuelles, compromettant ainsi leur salubrité et leur sécurité. En effet, il semble que les propriétaires ne soient pas obligés par la loi de réaliser des travaux. Cela entraîne des conditions de logement souvent difficiles, frustrantes et laisse les locataires « à la merci » de propriétaires qui imposent leurs propres règles, soutenus par des gérances qui protègent davantage les intérêts des propriétaires que ceux des locataires. Les démarches des locataires se transforment ainsi souvent en un véritable parcours du combattant lorsqu’ils formulent des revendications.
L’ASLOCA se présente comme une option de protection pour les locataires, mais son efficacité reste en réalité très limitée. Le constat est frappant : les propriétaires bénéficient d’une meilleure protection que les locataires. Il arrive qu’une action judiciaire bien menée fasse bouger les choses, mais en attendant, il est temps de changer de paradigme et de devenir actrices et acteurs de la conception de nos logements rêvés du futur. Le paysage, la qualité de vie et la cohésion sociale en seraient transformés.
Surface habitable pour vivre dignement
Bon à savoir :
La surface habitable en Suisse par habitant est de 46 mètres carrés au niveau national. Ce chiffre est obtenu en divisant la surface totale du logement par le nombre de locataires.
Les codes du luxe à prix modique
Le choix de matériaux écologiques peut réduire considérablement le montant de la facture de votre logement. Mais qu’en est-il des nombreuses normes suisses auxquelles les constructeurs doivent se conformer ? Alors qu’en France, une maison écologique peut être construite de A à Z pour un montant modique de 150 000 euros, il est impensable de se lancer dans un tel projet en Suisse pour moins d’un million de francs suisses. Pour découvrir quelques exemples de maisons écologiques réussies, je vous invite à lire le livre « Nouvelles maisons économiques » d’Olivier Darmon des Editions OUEST-FRANCE. Dans ce livre, une quinzaine de projets sont présentés en détails avec des témoignages de propriétaires et architectes, décrivant la conception et la construction de leur maison écologique et économique entièrement fait sur mesure.
Un espace de bureau pour les jours de télétravail, alliant vie de famille et vie professionnelle
Délimiter l’espace de travail lorsqu’on télétravaille est essentiel pour marquer le « début » et la « fin » de notre activité professionnelle quotidienne. Prendre en compte les aléas de son activité professionnelle à distance ainsi que la vie de famille (work-life balance) nécessite un aménagement réfléchi et fonctionnel. Par exemple, il est important de prévoir une luminosité adéquate, une ergonomie optimale de son espace de travail et de disposer de suffisamment de rangements. C’est un art que seul un professionnel peut définir avec vous. Un aménagement sur mesure vous fera gagner du temps dans votre organisation quotidienne et rendra vos journées plus agréables. Peut-être même que les tâches les plus ardues deviendront plus tolérables.

Inviter le loisir et la convivialité à la maison
Se ressourcer à la maison peut signifier tant de choses pour chacun-e. Pour certain-e-s, cela évoque un spa ou un sauna aménagé dans un coin intime du jardin, tandis que d’autres rêvent d’une piscine suffisamment grande pour toute la famille. Il y a aussi celles et ceux qui préfèrent se plonger dans la lecture sur une terrasse ombragée lorsque le temps est clément. Ce qui importe ici, c’est de combiner l’art de vivre et la fonctionnalité, au rythme de votre passe-temps « zen » favori.
C’est un défi que je souhaite relever en proposant d’intégrer un espace dédié à ce moment de détente privilégié. Pour ma part, cet espace extérieur inclut une terrasse et une piscine, lieu où l'on peut inviter des amis à faire des grillades, tout en permettant aux enfants de jouer et courir à leur guise. Oui, cela me relaxe ! Lorsque l’espace disponible est restreint, il faut s’adapter avec ce que l’on a. Au mieux, on peut l'agrandir si cela est possible et aménager une piscine naturelle et entièrement écologique (sans chlore ni produits chimiques).
Une piscine naturelle crée son propre écosystème grâce aux plantes qui filtrent l’eau de manière naturelle. Seul bémol : il faut environ deux ans pour que la piscine devienne « fonctionnelle » avec une eau transparente, bien qu’elle reste toujours légèrement verdâtre. L’attente en vaut la peine, et les grenouilles s’y donneront à cœur joie pour s'y camoufler !

Conclusion
L'usage de matériaux nobles et non-intrusifs, approche "bottom-up" pour la construction responsable, alliance entre l'esthétisme, l'ergonomie et la zénitude, coin dédié pour le télétravail, terrasse, piscine naturelle... ces quelques critères correspondent-ils aux vôtres ? Sont-ils compatibles avec les standards de la nouvelle ère que nous traversons, celle de l’écologico-économico-responsabilité ? Comment atteindre cet idéal sur un plan collectif et individuel ? Heureusement, imaginer une maison idéale demeure du domaine de l’imaginaire, et rêver n’est pas interdit.
Autrice : Christina Györkös
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